Sans regrets…
1936 : Art Linkletter, producteur et animateur de radio, travaille pour la future exposition internationale du Golden Gate, une manifestation internationale prévue pour 1939 à San Francisco en Californie. Cette fête a pour but de célébrer l’ouverture récente des deux principaux ponts qui enjambent la baie de San Francisco, le Bay Bridge et le Golden Gate Bridge.
Linkletter se met en tête de trouver des acteurs de prestige pour animer les nombreuses festivités. Le nom de Richard Halliburton apparaît. Linkletter et son équipe font la connaissance d’Halliburton qui supervise à sa manière la construction du Golden Gate. Linkletter lui propose de réaliser un projet dans le cadre de cette exposition internationale. Halliburton accepte l’idée de faire quelque chose…
Quelque temps plus tard, Halliburton dévoile à Linkletter un projet qu’il a mis au point avec une de ses connaissances. Construire une jonque chinoise à Hong Kong, puis réaliser la traversée en équipage jusqu’à San Francisco. Linkletter est séduit par l’idée, la jonque serait ensuite employée à faire des traversées dans la baie de San Francisco. Halliburton et les promoteurs de l’exposition trouvent un accord sur une partie du financement pour réaliser le projet.
Rapidement, Halliburton, empêtrée avec la fin de la construction de sa maison à Laguna Beach, lance un appel aux dons à différents organismes. Péniblement, il réunit les fonds restants et s’envole pour Hong Kong. Sur place, il choisit le chantier naval pour la réalisation de la jonque. De retour à Los Angeles, il regagne Hangover, enfin fini, et reste quelques semaines en compagnie d’une femme, Mary Lou Davis et de ses deux enfants, qu’il a installés à Hangover. Huit semaines plus tard, il quitte la Californie à bord du paquebot Président Coolidge.
Problèmes
C’est aux chantiers navals de Kowloon que le Dragon des mers prend forme. Long de vingt-trois mètres, la construction est semée d’embûches et donne du fil à retordre à ses concepteurs. Ornée d’un dragon, la jonque est équipée d’un moteur diesel. La construction est sans cesse interrompue du fait que la Chine se trouve en guerre avec le Japon. Les couts augmentent au fur et à mesure, ce qui fait dire à Halliburton : « Si l’un de mes lecteurs souhaite devenir rapidement et violemment fou, et ne sait pas comment s’y prendre, laissez-moi le faire. Une suggestion : essayez de construire une jonque chinoise dans un chantier naval chinois pendant une guerre avec le Japon. » Au milieu de cette entreprise, Halliburton réussit à composer son équipage. Il est bien servi avec notamment le commandant John Welch qu’il qualifie de capitaine Bligh. L’ingénieur Henry Von Fehren est aussi de la partie. C’est vers la mi-janvier de l’année 1939 que le navire est enfin achevé.
Le faux départ
Le 4 février 1939 est l’heure du grand départ. Le bateau est fin prêt et son équipage aussi. Alors que le Dragon des mers navigue depuis quatre jours, Halliburton et son équipage décident de revenir à Hong Kong. De nouveaux problèmes techniques sont apparus. Parmi l’équipage, deux jeunes garçons, John Potter et Gordon Torrey, issus de familles aisées et amateurs de régate, renoncent à l’idée de continuer l’aventure. Halliburton ne les retient pas. Toute participation dans le projet repose sur le volontariat. Un mois est nécessaire pour réaliser quelques modifications. Le 3 mars 1939, le Dragon des mers quitte Hong Kong.

Halliburton pose avec son équipage avant le grand départ
Après deux semaines et demie de mer, le navire est pris dans une tempête avec des vents violents, force huit, et des vagues de douze à quinze mètres de haut. La jonque est soumise à de très fortes contraintes. Il est impossible de savoir si un des messages ultimes est envoyé par le capitaine du navire ou bien par Halliburton, probablement pour son amie Mary Lou. « Je passe un moment merveilleux, j’aurais aimé que tu sois là, avec moi. »
Peu après, le Dragon des mers envoie un nouveau message au paquebot Président Coolidge qui fait route vers la Californie. « Vent de sud. Fortes rafales de pluie. Haute mer. Baromètre : 29,46. Cap réel 100. Vitesse : 5,5 nœuds. Position 1200 GCT 31,10 nord, 155,00 est. Tout va bien. Quand nous serons plus proches, pourrons-nous profiter de votre radiogoniomètre ? Cordialement, Welch. » C’est le dernier message du Dragon des Mers vers le paquebot président Coolidge.
Après sept mois d’attente en vain, Richard Halliburton est déclaré mort le 5 octobre 1939 par le tribunal de la chancellerie de Memphis. Une plaque tombale est posée au cimetière Forest Hill à Memphis, sur la tombe de la famille Halliburton.
Mystère
En 1945, des promeneurs découvrent une pièce d’une dizaine de mètres sur une petite plage de la ville de San Diego en Californie. C’est une forme de squelette en bois qui présente des caractéristiques qui pourraient s’apparenter à la quille du Dragon des mers. L’enquête n’aboutit pas, la pièce est égarée et l’affaire est enterrée…
