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Yves Alvarez

5 juin 2024

L’oubli…

À l’énoncé de sa vie, on pourrait croire que Richard Halliburton a raté sa sortie. Qu’il n’a pas su, comme d’autres, s’inscrire dans la mémoire des gens. « Richard a traversé son époque comme une météorite », disait son père. C’est par là qu’il faudrait commencer pour cerner la personnalité d’Halliburton. Car les exploits de ce jeune homme intrépide ont été oubliés pour laisser place à autre chose. Sa vie privée.

Homosexuel pour certains, bisexuel pour d’autres, enfin hétéro pour d’autres. Certaines voix de la communauté gay se sont montrées actives en voulant récupérer et placer Halliburton dans leur panthéon. Néanmoins, les affirmations mettant en exergue qu’Halliburton était homosexuel ont toujours été le fait de « on dit ».

Moye Stephens, son ami pilote et compagnon de route, avait remarqué la chose. « Nous faisions chambre séparée, partout. » Il n’a jamais vu Richard avec un homme, mais a cependant déclaré qu’il avait entendu des choses à son sujet. Il en est de même pour ses aventures féminines.

Des écrivains gays ont avancé des arguments du fait qu’Halliburton était gay. L’épisode dans lequel il est suivi à la trace par la police française lors de son passage à Paris, lié à une activité intense pour la vie nocturne dans la capitale française, est une preuve qui atteste que l’écrivain reporter de Memphis était gay. Interpréter la moindre information est un classique dans la presse américaine, proche des milieux gays. Sa prose a aussi été mise en avant. Une façon de psychiatriser la personne, de lui donner un contenu global.

Enfin, il y a la relation avec Paul Mooney, écrivain, journaliste et homosexuel notoire. Halliburton avait besoin de Mooney pour son travail intense d’écriture et, du fait de sa proximité, découvrit les codes en vigueur dans le monde culturel. Réciproquement, Mooney, bien que faux nègre d’Halliburton, finit par se faire un nom dans le monde de l’édition.  L’association Halliburton-Mooney s’est avérée fructueuse pour l’un comme pour l’autre. Maintenant, rien ne dit qu’Halliburton n’a pas connu une vie privée décousue. Avec plus de deux mille conférences données à travers tous les États-Unis et le Canada en une quinzaine d’années, il avait tout le loisir de vivre de multiples aventures.

Néanmoins, il n’y a jamais eu de preuves sérieuses attestant d’un comportement d’Halliburton additionnant les aventures masculines et féminines lors de ses voyages et ses descentes dans les hôtels. Surtout quand on sait que les employées dans l’hôtellerie constituent le tiers des sources provenant de la littérature hollywoodienne.

Désir de plaire et curiosité malsaine

Richard Halliburton avait pour principe de vouloir plaire à tout le monde. Il était attentif à la façon dont les hommes, les femmes et les enfants l’abordaient, à la manière dont ils le regardaient, lui, l’aventurier et l’écrivain à succès, la star incarnée. Être désiré par tous agissait positivement sur sa personne et lui octroyait un sentiment de sécurité. Lors de ses conférences, il faisait l’amour à son auditoire. Halliburton voulait tout savoir, tout voir, au point d’être poussé par une curiosité malsaine. La vie nocturne parisienne est un bon exemple, ce qui eut pour effet de le mettre plus d’une fois dans des positions inconfortables et dangereuses. Halliburton n’a jamais été en mesure de se fixer une ligne rouge.

Intérêt 

Il existe peu de choses sur le parcours de Richard Halliburton. Ses livres, sa correspondance désordonnée, quelques passionnés qui essayent de faire vivre sa mémoire, des journalistes qui ont écrit des articles au sujet d’une de ses aventures et sur sa vie privée, deux biographies incomplètes et rien d’autre. Des blogueurs et des professionnels de la presse écrite ont tenté d’apporter une réponse à ce désintérêt, sans pour autant aller à l’essentiel.

Mémoire 

Dans une Amérique travaillée de l’intérieur par des guerres internes au sujet du capital qui opposent l’entrepreneur social à la société du dividende, Halliburton était un produit de l’Amérique de George Pullman et Henry Ford, il était un fixateur d’attention, jugé négatif, par l’élite dominante.

Il projetait l’image d’un jeune homme individualiste, autonome, débrouillard et aventurier. Face aux interactions de la société du dividende, Halliburton n’était pas à sa place dans cette Amérique de l’entre-deux-guerres. Il en serait de même de nos jours.

En cas de disparition, il ne se faisait aucune illusion sur le devenir de son travail et de sa mémoire, même si sa production ne fut jamais remise en question, vu son positionnement politico-social. Dissimulation et oubli de l’être, le cas Halliburton aurait intéressé Martin Heidegger.

L’impossibilité pour le système dominant d’exploiter la personnalité de cet homme, de l’enfermer dans une catégorie, car inassimilable en tout point, a contribué à ce que Richard Halliburton soit peu à peu oublié par la presse, le monde culturel et la mémoire collective de son pays. Disparu dans l’océan Pacifique, l’Amérique ne lui a jamais dit merci.

Inadapté au discours ambiant

Son voyage en URSS est un marqueur dans sa courte existence. Il marche sur des œufs et feint de ne pas savoir grand-chose des dessous de la révolution d’Octobre, vu que la plupart des ficelles furent tirées depuis New York. Néanmoins, il condamne le régime et l’idéologie socialo-marxiste, réhabilite la famille impériale qu’il dissocie de l’aristocratie russe et se lamente de voir un pays riche par sa culture, gouverné par la tyrannie, et qui se décompose peu à peu.

Cette prise de position n’a guère contribué à soigner son image dans les cercles culturels de son pays. Richard Halliburton ne s’est jamais excusé d’avoir un avis propre qui dérange, et le temps lui a donné raison.

Récemment, la maison familiale de Memphis où il a rédigé quelques paragraphes de ses livres a été mise en vente. La municipalité de Memphis n’a pas jugé bon de faire une offre pour acquérir la propriété et la transformer en musée pour honorer son enfant le plus terrible. Il n’y aura pas de Graceland pour Halliburton.

 

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Urgence

Richard Halliburton n’a jamais eu le temps pour ce qui est de l’autre. Il se suffisait à lui-même. Toute son entreprise fut entièrement consacrée à sa personne. Marqué profondément par la disparition de son jeune frère, Wesley, il n’a eu de cesse de prendre ses distances avec la société.

De nos jours, ceux qui dénoncent et s’insurgent contre cet oubli manifeste sont encore plus stupides que ceux qui entretiennent cette culture de l’oubli. Des hypocrites qui feignent de ne pas saisir les ressorts et les mécanismes de la société du spectacle. Bien qu’acteur omniprésent et pur produit de cette société, Richard Halliburton s’employa à la maintenir à distance, pour vivre sa vie à vive allure, en solitaire, sans regarder derrière lui.

Lettre à son père

«… Et quand mon heure viendra de mourir, je pourrai mourir heureux, car j’aurai fait, vu, entendu et vécu toutes les joies, les peines et les sensations fortes – toutes les émotions qu’un être humain ait jamais eues – et je serai particulièrement heureux si je suis épargné d’une mort stupide et commune dans mon lit… » !

Richard Halliburton

* Juste avant mes vingt ans, j’ai lu, par le plus grand des hasards, « Seven League Boots », seul livre que j’ai lu en langue anglaise. Le reste en espagnol. J’ai ainsi découvert le travail et l’éxistence de Richard Halliburton.

 

Aventure
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